mon village

J'imaginais le village avant de le voir. Peu de rues larges à part la « grand rue », les rares voitures virevoltaient dans des virages impossibles, des venelles où se vautraient vélomoteurs et voyous aux visages marqués, vieux rêvant d'anciens voyages entre des touffes de valériane et d'iris faisant illusion de campagne dans les interstices des pavés.

Là, lascives quelques femmes étendaient le linge avec lenteur. Le soir, la lune comme lanterne, les lecteurs louvoyaient entre liberté et lassitude. Après le pont, quelques toits en ardoise alignaient leurs armatures sans âme.

L'aventure, c'était l'agriculture arrogante au bord de l'abîme.

Des gamins usaient gaiement leurs godasses sur le gué du petit ruisseau. Il y avait le grand Géronimo le plus gouailleur, Gaston la gargouille, le fils du garagiste qui mettait des pétards dans la gueule des grenouilles et Guillaume, le gentil avec ses grelots.

A l'évidence, il n'y avait pas de bâtiments à étages. Pour toucher les étoiles, il y avait l'espèrance échevelée et l'équilibre étonné de l'éclaireur de réverbères.