Polar 170218

Samedi, à la Galerie d’Art de l’école primaire « Le Petit Prince » à Merdrignac. Elles et il, sont une dizaine prêts à en découdre avec les mots. Ce mois-ci le thème est Enigme au quai des rêves. J'ai été séduite par cette magnifique exposition de Didier LANGE, quelle source d’inspiration !! L’Amicale laïque de Merdrignac qui invite régulièrement des Artistes a gentiment accepté de nous prêter le lieu pour notre atelier mensuel. Elles et il, sont séduits d’emblée par l’ambiance dégagée par les œuvres exposées. Pour se mettre en mots comme on se met en jambes, nous commençons par un « cadavre exquis ».

Ensuite, chacune et chacun est invité à choisir le tableau qui l’inspire et à composer un texte commençant par un Incipit imposé. Puis on fait un petit jeu de « mots valises » sur le thème du roman noir pour se détendre.

Suit un Logorallye en reprenant le même tableau mais avec, comme phrases imposées, des Titres d’œuvres de Didier LANGE qui seront tirées au sort. Et la magie opère une nouvelle fois et avec encore plus de force cette fois-ci. Les tableaux, puissants, ont réellement inspiré nos participantes, participant.

Premier texte inspiré d'un tableau:

Ce samedi 26 octobre 2002 au soir, Kurt Wallander était au bout du rouleau. Le paquebot lançait dans le crépuscule son chant de départ dans l’indifférence générale. Les accents du bandonéon le déchiraient. Cette musique l’avait toujours rendu mélancolique et ce soir c’était pire. Chaque voyageur au regard épuisé lui rappelait l’enquête en cours. Cette femme à la robe rouge retrouvée égorgée sur le quai n°5 par les dockers à l’aube.

Cette femme si belle qu’il revoyait danser, sensuelle, lascive aux bras de l’homme au chapeau. Leur tango qui n’en finissait pas de lui tourner dans le crâne. Et elle, ce matin, robe écarlate déchirée, bas filés, une chaussure manquante et sa longue chevelure défaite qui n’arrivait pas à cacher la plaie béante au milieu de la poitrine.

Chienne de vie !!

Deuxième texte... la suite

Le paquebot a définitivement quitté le quai dans une longue complainte. La femme à la robe rouge ne dansera plus mais une autre la remplacera, Wallander le sait bien. Hier, il a bu jusqu’à la lie son chagrin.

La reine d’un soir, perdue à jamais et lui avec un mal de tête à en crever. Ce matin il est attendu à la morgue. Ce matin, il va la revoir, glacée dans son linceul, glacée dans ce laboratoire aseptisé. Et il serrera les dents de rage, de peine !!

Pause de Chine. Il lui faut un thé, tout de suite. Pour réfléchir. Pour faire passer ce foutu bordel qu’il a dans le crâne. Après, oui, il ira la voir une dernière fois. Après, il se rendra sur le port revoir l’endroit où… interroger les dockers aussi. La vie continue dans ce quartier du port. Allées et venues de voyageurs, de marchandises, de pickpockets avides de touriste. De touristes avides de sensations. Nicole et Stérol et leur numéro de claquettes qui ne fait plus rire personne.

Voilà, il avale une dernière gorgée de thé et, d’un pas lourd de chagrin et de relents alcoolisés il s’en va lui dire adieu, silencieusement.