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Je me répète ces six mots, cette phrase et ils n'en finissent pas de m'intriguer, de m'interroger, de faire naître en moi mille questions.

Noir Corbeau Aubépine Café Ébène Nuit. Nuit qui tombe. Ce sont ces mots, ces phrases qui terminent le texte retrouvé sur une feuille déchirée et jaunie dans le fond d'un carton de déménagement jamais défait.

Je regarde la photo prise tout à l'heure dans le vieux séchoir à paille. Sur la pierre bleue, ces traces comme une ancienne cicatrice laissée là par les événements qui s'y sont déroulés.

Adélaïde, qu'as-tu voulu me dire, à moi, ta descendante, ton arrière arrière petite fille ? Moi qui te ressemble, paraît-il beaucoup, on m'a donné ton prénom, Adélaïde. Je veux connaître ton histoire, ta vérité.

Tu es partie dans l'aube à peine éclose d'une froide nuit d'hiver. Blessée, profondément meurtrie par les âmes bien pensantes de ton village. Rejetée de tous, même des tiens, de ceux en qui tu faisais totalement confiance. Si jeune. A peine seize ans.

Noir, le jupon de toile épaisse sous la robe de bure. Corbeau, l'oiseau maléfique saluant ton départ précipité ce matin de février. Aubépine, l'arbuste qui te griffe et fait perler ton sang, sans même t'émouvoir. Café recuit sur la vieille cuisinière de la chaumière et avalé bouillant avant de fuir. Ébène, cette nuit maudite ou la peau de celui par qui le malheur est arrivé. Nuit de ton âme blessée. Nuit qui tombe sur tes blessures en les enfouissant loin au fond de toi, pour oublier, pour ne plus avoir mal, pour ne plus pleurer, jamais.

J'ai seize ans, à mon tour. Je veux savoir, Je veux connaître les secrets enfouis par le malheur, les convenances, les traditions familiales. J'ai trouvé le carton dans la maison de Mamie cet été. J'ai fouillé, dans d'autres cartons, dans le passé, dans la mémoire de Mamie et j'ai fini par retrouver le nom de cet endroit.

PS: deuxième partie d'une histoire commencée par une autre et en intégrant la photo...