2016-12-28_15h16_20

Celui là, je ne l'anime pas, j'y participe et c'est un bonheur. Il est proposé par une amie de Belgique et déjà, à la première consigne, il me surprend et me fait travailler, j'adore.

Deux consignes qui se reflètent, se font miroir déformant... deux textes à l'arrivée, surprenants.

Consigne 1

C’est un beau jour d’été.

Par-dessus les toits, le ciel cobalt n’a pas un nuage.

Pourtant lui, est triste.

Lui, c’est le Capitaine comme on l’appelle à cause de l’ancre noire sur son bras.

Assis sur le gros rocher, une interrogation muette reste plaquée sur son visage sombre.

Rien n’y fait, ni le soleil lumineux, ni les robes légères et colorés, ni la musique de la fanfare.

Son sac lourd est à son pied droit.

Mains ouvertes, il attend son petit chien blanc.

Il n’entend rien, ne voit rien des flonflons et de la fête

Pourtant, il sait bien que le chien ne viendra pas.

Hier, en descendant vers la vieille ville, il ne sautillait déjà plus guère et ce matin

Ce matin, il est resté allongé, malade.

Bruit strident, c’est la sirène

La foule indifférente à son chagrin continue de s’amuser

Sa belle tête couverte d’une casquette hors d’âge il attend un miracle

Et soudain, apparaît Léon venant d’en bas

La jambe longue, le sourire aux lèvres, le genou plié il grimpe dans les cailloux gris

Le poignet souple, le piolet bien calé il porte un petit paquet blanc

Le capitaine ébahi reconnaît son petit chien sans retenir une exclamation surprise

Le grimpeur fatigué le rejoint, lui remet le petit paquet et s’assoit.

 

Consigne 1B

Il fait froid depuis maintenant une semaine.

Les bourrasques se succèdent, gelant les trottoirs et vidant les rues.

La tempête a ramené du sable rouge qui crisse sous les pas.

Quelques passants résistent pourtant, emmitouflés, têtes baissées, marchant vite.

Dans ce tableau, il surprend et interroge : qui est-il ? D’où vient-il ?

Quel est ce matelot irrité apparu rue vieille ? Il est là, bien portant debout, la nuque claire, le poing fermé, les pieds nus. Sa valise légère dans la main gauche il reste impassible, comme insensible au coupant de la bise.

Un chat noir vient se frotter à sa jambe pliée dans un silence indifférent. Il sursaute et se met en marche vers le café de la place. De sa main gauche il ouvre la lourde porte du troquet, il a le coude raide et fait tinter la sonnette. A son entrée on se tait et il avance dans un calme doux et interrogatif.

Qui est-il, personne ici ne le connaît. D’où peut-il venir en plein milieu de l’hiver, au plus froid de février ? C’est pourtant un troquet de marin ici, en témoignent la bouée blanche au-dessus du bar ou officie une matrone qui lui tend un verre fumant de son bras court.

Il approche le tabouret, s’assoit cheville tendue et ils se regardent. Cet échange est une affirmation criante. Ils se connaissent, eux.

Il boit son vin chaud et sourit enfin. Elle chasse le souvenir de la fuite lâche. Tant d’hivers ont passé depuis, effaçant l’affront, atténuant le chagrin, ne laissant l’image que du nageur détendu dont elle garde une photo écornée sur sa coiffeuse. Il glisse sa main au fond de la poche de sa vareuse et en sort un petit caillou qu’il lui tend. Elle sourit alors à son tour.