Tout d'abord, j'ai longuement hésité avant de publier ce message. Il est très personnel, c'est vrai. Mais j'avais besoin de poser ces mots là. Je n'y ai écrit qu'une infime partie de notre vécu et de mon ressenti mais cela m'a fait, je crois, du bien. Je le pose alors que je serai partie, en train vers ces quelques jours d'amitié auxquels je tiens si fort...

Samedi, mon fils aîné se marie, je n'y serai pas... il m'en voudra peut-être, je ne sais pas.

Mon coeur déjà se serre et se réjouit à la fois.

Mon premier né, petit bonhomme aux doux yeux de porcelaine bleue, vif et bavard, intelligent et joyeux.

Mon tout petit qui m'a appris à être mère, les nuits d'insomnie, les conseils à écouter ou à ne pas écouter, l'odeur inoubliable de sa peau, ses sourires éblouissants, sa petite lèvre tremblante lors des gros chagrins, les pas hésitants, les premières lettres annonées, les premières écritures.

Tu as parlé tellement vite et bien! Tu étais câlin. Tes cheveux si fins, si blonds...

Tu as grandi et est arrivée la maladie. Cette souffrance infinie qui te torturait l'esprit et l'âme et me torturait sourdement le coeur. Cela fait maintenant plus de quinze ans qu'elle est là. Mauvaise, teigneuse, insidieuse. J'ai cru qu'elle te laissait tranquille. Je me suis rendu compte que non ces deux dernières années.

Samedi tu te maries et je serai loin, avec mes amis, dans cet endroit qui me ressource comme nul autre pareil. C'était prévu, programmé depuis plus d'un an. Je te l'ai dit dès que tu m'as annoncé ton mariage, tu n'as pas voulu entendre, je n'ai pas voulu sacrifié ces quelques journées où je me sens véritablement libre et heureuse. Tu ne m'as pas crue et nous en sommes là.

Souvent, longtemps, j'ai été seule à ton côté, à vos côtés à tous les trois, mes enfants. Je vous ai conduit, comme j'ai pu, sur les chemins de la vie, de votre vie, aussi longtemps que j'ai pu. Nous avons eu beaucoup de rires et quelques pleurs. Je vous aime et je ne suis pas capable de sacrifier ma vie de femme, je suis ainsi. Samedi, tu auras foule autour de toi, c'est bien.

Samedi tu t'uniras avec ta compagne, celle qui t'accompagnes, t'aimes et te comprend. C'est bien. Soyez heureux et faites la fête. Je serai loin mais il nous restera toute la vie, beaucoup d'occasion pour nous retrouver, pour nous trouver.

Mon coeur se serre et se réjouit à la fois. Je sais que beaucoup me jugerons. Égoïste diront-ils, mère indigne, peut-être, ils ne savent rien du tourment qui depuis des années m'habite. De toutes les angoisses, de tous les chagrins. Ils ne savent rien de nos sentiments et de notre relation. Je n'ai pas d'excuses mais je ne crois pas à en avoir. Nous continuerons à nous aimer, violemment parfois (je le sais). Quand la fête sera terminée, les invités repartis, je serai là.

Par vents et marées, malgré nos tempêtes, je t'aime mon fils toi à qui j'ai donné un nom de soleil.